dimanche 30 mars 2008

Un castor au soleil

Il n'y avait que les Canadiens pour réaliser un tel timbre. En plus, c'était le premier timbre émis par ce pays. Il représente un castor près de rapides avec quelques billots de bois sur la berge. Rien de bien extraordinaire me direz-vous, d'autres pays ont émis un premier timbre décoré d'un animal emblématique plutôt que de représenter leurs armoiries ou le représentant suprême de l'état (le roi, la reine, l'empereur, un héros national...). De plus, l'honneur est sauf, les lettres V. R. ne signifient-elles pas Victoria Regina ?

Un castor au soleil
Mis en vente par Charles G. Firby, vente aux enchères n° 0408 du 04.04.2008, lot n° 89.

Cote : 4000$
  Prix de vente : 3750$


Cependant, regardez bien au dessus de la queue du castor. Il y a l'astre du jour qui éclaire la scène de ses rayons (sur ce scan, les rayons émis pas le soleil sont difficilement visibles, les détails sur cet exemplaire étant très légèrement estompés, comme si l'impression était un peu floue). Et ce soleil possède un visage ! N'est-ce pas extraordinaire ?

Cet exemplaire du premier timbre canadien est neuf et en excellent état. Sa gomme originale n'est altérée que par une légère trace de charnière. Pour être exact, il ne s'agit pas d'un exemplaire du premier tirage sur papier vergé mais d'un exemplaire sur papier vélin, ce qui n'en fait pas une grande rareté (à l'état neuf), bien que sa conditiion de conservation soit exceptionnelle.

Sa couleur est rouge orangée (cette émission existe dans de nombreuses teintes de rouge/orange), son papier mince (cette émission possède également de nombreuses variantes de papier) et l'impression semble manquer un peu de finesse, ce qui masque certains détails, sans rien enlever à l'éblouissante apparence de ce timbre.

Mise à jour du 1er avril 2008

Cet article est cité par SebPhilatélie, qui inclus un scan d'un timbre canadien de 2001 représentant l'original de 1851. On a l'avantage d'y voir clairement les détails du timbre qui sont moins visibles sur le scan ci-haut (comme les rayons du soleil-sourire).

jeudi 27 mars 2008

De l'art de surcharger un timbre

Chine, 1897. Le système monétaire change et le dollar remplace le tael, une monnaie basée sur un poids en argent qui variait d'une région à l'autre de la Chine. Ce changement s'accompagne d'un édit impérial qui « nationalise » le système postal, auparavant géré par une branche des douanes.

Il faut donc émettre de nouvelles séries de timbres. En attendant, la série en cours d'utilisation est surchargée et réimprimée à partir de nouvelles planches, le stock déjà disponible ayant été épuisé à la longue. Finalement, un timbre fiscal de 3 cents sera également surchargé des valeurs d'un cent, 2 cents, 4 cents, un dollar et 5 dollars.

Comme toutes surcharges effectuées avec plus ou moins d'application, de nombreuses variétés existent, causées soit par des erreurs de manipulation, soit par un manque de minutie lors de la création de la matrice de surcharge. Le bloc suivant illustre le deuxième cas :

Surcharge de Chine

Mis en vente par Michael Rogers Inc, vente aux enchères n° 110 du 28.03.2008, lot n° 245.

Valeur estimée : 30 000$

On peut noter les variantes évidentes (du moins sur un scan de plus haute résolution) suivantes :
  1. Sur le deuxième timbre, les caractères centraux sont plus petits.
  2. Sur le cinquième timbre, une virgule plutôt qu'un point suit le 's' de cents.
  3. Sur le sixième timbre, l'un des caractères est brouillon.
  4. Sur le quinzième timbre, le 's' de cents est inversé.
Le vendeur mentionne également l'absence de point derrière le 's' pour deux des exemplaires mais à moins que mes lunettes ne me jouent des tours, les points semblent tous là...

Voici maintenant un exemple d'erreur de manipulation, une classique surcharge sens dessus dessous :

Surcharge de Chine

Mis en vente par Michael Rogers Inc, vente aux enchères n° 110 du 28.03.2008, lot n° 246.

Cote : 5000$
Valeur estimée : 4000$

Bien que ces exemplaires soient onéreux, il y a dans cette série une valeur extrêmement rare, qui fera peut-être le sujet d'un autre article, si par hasard elle est mis en vente.

mardi 25 mars 2008

À qui sont ces griffes ?

Voici une oblitération manuscrite d'un noir intense qui attire immédiatement le regard :

Un timbre griffé !
Mis en vente par Robert A. Siegel Auctions, vente aux enchères n° 953 du 26.03.2008, lot n° 348.

Cote : 5000$
  Prix de vente : 6500$

Ce timbre est particulier car il s'agit en fait d'une épreuve ayant à tout point de vue les caractéristiques d'un timbre-poste ordinaire, ce qui explique peut-être pourquoi le catalogue Scott lui attribuait le numéro 74. Une version spécialisée de ce catalogue lui donne plutôt le numéro 74TC dans la section trial color proofs. D'ailleurs un timbre avec un design tout à fait identique existe dans des couleurs différentes, comme le rose ou des teintes de rouge.

Les quatre traits horizontaux à l'encre noire qui donnent à ce timbre un look étonnant serait le fait d'un vendeur américain qui, à la fin du dix-neuvième siècle, aurait acquis un stock de ces épreuves pour les revendre neuf mais marqué de sa «griffe » à des collectionneurs.

Ce marchand se nommait Carl Rothfuchs et on trouve une rapide esquisse de son portrait sur le site de l'U.S. Philatelic Classics Society de New York :

Carl Rothfuchs

lundi 24 mars 2008

Le n° 1 de Norvège, estimé à plus d'un million d'euros

Il est suffisamment rare qu'un objet philatélique d'une telle valeur soit offert à la vente pour ne pas en parler. La question auquelle il faut répondre maintenant est comment un n° 1 de Norvège peut-il atteindre un tel prix ? Une partie de la réponse :

Norvège n° 1, bloc de 39

Mis en vente par David Feldman SA, vente aux enchères du 01.04.2008, lot n° 60083.

Valeur estimée : 1 000 000 à 1 500 000€
Prix de vente : 1 200 000€

ex Pieter Ahl

Ce bloc de trente-neuf (!) exemplaires a été découvert à la gare de Throndhjem à la fin des années 1920, sur un colis qui y traînait depuis près de soixante-quinze ans. Envoyé aux États-Unis de cette même ville (comme le confirme l'oblitération « 306 »), retourné à l'expéditeur, abandonné à la gare, ce colis aurait très bien pu ne plus jamais faire parler de lui s'il n'avait porté cet immense bloc.

Cependant, la question initiale demeure : pourquoi un tel prix ? La vraie réponse est donnée en introduction du catalogue de vente spécial consacré à cet item par le vendeur : « [The largest known multiples of first issues] serve the exhibitor by providing « bragging rights » in an exhibit, and they are of lasting monetary value ».

Il s'agit donc d'une histoire de prestige voire d'arrogance; l'acquéreur souhaite montrer au reste du monde que sa collection est la plus importante et il est donc prêt à mettre le prix pour acquérir cet objet. Découpé, ce bloc ne vaudrait pas même 1% de la valeur qu'il a maintenant.

Pour être juste, ces blocs servent également aux philatélistes à étudier les caractéristiques des premiers tirages. Par exemple, ce bloc, par sa taille, aurait grandement facilité la tâche de déterminer le planchage (plating) du panneau de cinquante duquel il est issu. Je mets le verbe au conditionnel puisque la reconstruction de la planche du n° 1 avait été complétée quelques années avant la découverte de ce bloc.

« Without doubt the most important philatelic item of Norway » selon le vendeur. Le plus important peut-être pas puisqu'il ne nous a à priori rien appris mais le plus cher, voilà qui est fort probable !

Mise à jour du 15 avril 2008

Un peu moins spectaculaire mais néanmoins intéressante, une lettre affranchie de six exemplaires de ce même n° 1 :

Norvège n° 1, sur enveloppe

Mis en vente par Kjell Germeten, vente aux enchères n° 74 du 18.04.2008, lot n° 1110.

Prix de départ : 100 000 kr
Prix de vente : Invendu

Sur cette enveloppe à destination de Königsberg (ville célèbre en mathématique grâce aux sept ponts qui ont servi d'exemple pour un article d'Euler sur la théorie des graphes), alors en Allemagne, on retrouve une bande de quatre et une paire du premier timbre de Norvège pour un tarif de 24 skillings. La présence de ces six timbres justifie le prix de départ.

Il est intéressant de noter que ces timbres ne sont pas tous de la même teinte; ils proviennent donc vraisemblablement de feuilles différentes, si ce n'est d'impressions différentes.

samedi 22 mars 2008

Un entier postal finlandais de 1845

On parlait hier du premier timbre de Finlande et d'une possible confusion avec un entier postal du même pays. Hasard du calendrier, un entier postal finlandais extrêmement rare sera offert au plus offrant dans deux semaines.

Les deux premiers entiers postaux émis par la Finlande datent de 1845. Ils seront remplacés en 1850 par des entiers postaux dont l'illustration est quasi-identique à celle des premiers timbres-poste.

Les deux premiers, d'une valeur d'affranchissement de dix et vingt kopecks représentent les armoiries de Finlande dans le coin inférieur gauche de l'enveloppe. Le tarif de 10 kopecks est le tarif intérieur unique pour toute la Russie depuis 1843. Le même tarif est introduit en Finlande le premier janvier 1845, date à laquelle apparaissent les entiers postaux. Celui de dix kopecks fut imprimé à près de 60 000 exemplaires (un par un, par l'application manuelle d'un tampon) mais est néanmoins aujourd'hui relativement peu commun.

Que dire alors de la valeur de vingt kopecks, dont seuls 645 exemplaires auraient été produits ?

Un entier postal de Finlande

Mis en vente par Postiljonen, vente aux enchères du 04 et 05.01.2008, lot n° 858.

Cote : 300 000 kr
Prix de départ : 15 000€
Prix de vente : 15 000€

ex Fabergé


On ne connaîtrait aujourd'hui qu'une dizaine d'exemplaires, dont quatre hors musées. Celui offert ici est sur papier vergé filigrane (on connaît cinq filigranes différents sur l'enveloppe de dix kopecks et un papier sans filigrane, plus commun), a été posté de Åbo (Turku) pour Helsingfors (Helsinki). L'oblitération dans le coin supérieur droit serait le nom de la ville d'origine, en lettre cyrillique selon un expert, en lettre latine selon un autre...

vendredi 21 mars 2008

Une paire du premier timbre de Finlande

Les deux premiers timbres émis par la Finlande s'apparentent à une oblitération. Le premier, 5 kopecks (il faut se souvenir que la Finlande était à l'époque sous domination russe) est bleu tandis que le deuxième, de dix kopecks, est rouge carmin.

Voici une paire du premier, sur une enveloppe déposée à la poste le 4 juin 1858 :

Finlande, 5k, paire sur enveloppe
Mis en vente par Engers Frimerker, vente aux enchères n° 97 du 29.03.2008, lot n° 1530.

Prix indicatif : 70 000kr
Prix de vente : Invendu

ex Burrus

Sans être une exceptionnelle rareté, un tel pli est très peu commun. Un peu moins de 140 000 exemplaires de ce timbre ont été imprimés et utilisés durant environ quatre ans. On en distingue deux types, selon la taille de la perle qui se trouve dans l'ouverture des cors situés sous les armoiries.

La paire ci-haut est du type II, les perles étant relativement grosses, bien que difficiles à voir sur ce scan.

L'oblitération manuscrite est très courante sur les premiers timbres Finlandais. En complément, on a un cachet à date de la ville d'Helsinki (Helsingfors est la graphie suédoise). Les collectionneurs recherchent en priorité des timbres avec oblitération postale et sans oblitération manuscrite et en dernier lieu des timbres qui n'ont que l'oblitération manuscrite.

Un autre fait intéressant est que la Finlande, avant d'émettre ces timbres, avait créée des entiers postaux. De 1856 à 1858, on pouvait donc acheter un enveloppe au dos de laquelle, sur le rabat, était imprimé ce timbre. De petits malins ont alors découpé le timbre imprimé sur l'entier postal pour le coller sur une autre enveloppe et l'utiliser comme affranchissement ! Ces pièces sont aujourd'hui très recherchées. Cependant, un entier postal découpé est lui sans grande valeur... sauf si un vendeur peu scrupuleux ou mal informé tente de le vendre comme un authentique n° 1. Pour distinguer les deux, il suffit de comparer les vergeures du papier : horizontales ou verticales dans le cas du timbre, diagonales dans le cas de la vignette découpée de l'entier postal...

Autre fait intéressant : ces timbres (tout comme les entiers postaux) étaient imprimés un par un, en général une vingtaine par feuille, sur deux rangées. Ils étaient ensuite livrés par paquets de 100 aux bureaux de poste.

Mise à jour du 14 mai 2008

Voici un autre exemple d'une paire sur lettre :

Finlande, 5k, paire sur enveloppe
Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 102 du 14.05.2008, lot n° 1023.

Valeur estimée : 7500 à 10 000$
  Prix de vente : 14 000$

ex Nygren
collection William Gross

On observe de nombreuses caractéristiques communes entre ces deux lots : l'oblitération manuscrite, le cachet à date d'Helsinki daté de 1858, la position des timbres dans le coin inférieur gauche de l'enveloppe et surtout l'élégance de ces plis qui ont été postés il y a 150 ans...

Mise à jour du 18 mars 2009

Une autre paire tout à fait exceptionnelle :

Mis en vente par Postiljonen, vente aux enchères du 04.04.2009, lot n° 120.

Mise à prix : 25 000€
Prix de vente : 22 000€

Elle est neuve, avec sa gomme originale !

jeudi 20 mars 2008

Russie, 10 kopecks, 1875

Le timbre du jour fut émis par la Russie en 1875.  Le motif décoratif  est imprimé en brun tandis que le motif principal au centre du timbre, représentant  les armoiries de l'empire russe, est bleu. Ces deux couleurs étant appliquées successivement, il est donc normal de retrouver toutes sortes d'anomalies causées par ce double passage sous la presse à imprimer.

La plus spectaculaire de ces anomalies est bien sûr celle où la feuille est inversée entre les deux impressions, ce qui donne les fameux « centre inversé » :

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères du 26.03.2008, lot n° 3038.

Cote : 50 000€
Prix de vente : 55 000$

Ce timbre, qui possède quelques dents pliées d'après le descriptif de vente, est l'un des cinq exemplaires connus, ce qui explique sa valeur élevée . D'autres timbres de la même série possèdent un centre inversé, comme le 20 kopecks bleu et orange (trois exemplaires connus) et le 7 kopecks gris et rose, dont un unique exemplaire est connu.

À titre de comparaison, voici deux des quatre autres exemplaires du timbre de dix kopecks avec centre inversé :

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de mars 2007.

Prix de vente : 66 125$

ex Fabergé

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de décembre 2004.

Cote : 50 000€
Prix de vente : 74 250$

ex Fabergé