lundi 24 mars 2008

Le n° 1 de Norvège, estimé à plus d'un million d'euros

Il est suffisamment rare qu'un objet philatélique d'une telle valeur soit offert à la vente pour ne pas en parler. La question auquelle il faut répondre maintenant est comment un n° 1 de Norvège peut-il atteindre un tel prix ? Une partie de la réponse :

Norvège n° 1, bloc de 39

Mis en vente par David Feldman SA, vente aux enchères du 01.04.2008, lot n° 60083.

Valeur estimée : 1 000 000 à 1 500 000€
Prix de vente : 1 200 000€

ex Pieter Ahl

Ce bloc de trente-neuf (!) exemplaires a été découvert à la gare de Throndhjem à la fin des années 1920, sur un colis qui y traînait depuis près de soixante-quinze ans. Envoyé aux États-Unis de cette même ville (comme le confirme l'oblitération « 306 »), retourné à l'expéditeur, abandonné à la gare, ce colis aurait très bien pu ne plus jamais faire parler de lui s'il n'avait porté cet immense bloc.

Cependant, la question initiale demeure : pourquoi un tel prix ? La vraie réponse est donnée en introduction du catalogue de vente spécial consacré à cet item par le vendeur : « [The largest known multiples of first issues] serve the exhibitor by providing « bragging rights » in an exhibit, and they are of lasting monetary value ».

Il s'agit donc d'une histoire de prestige voire d'arrogance; l'acquéreur souhaite montrer au reste du monde que sa collection est la plus importante et il est donc prêt à mettre le prix pour acquérir cet objet. Découpé, ce bloc ne vaudrait pas même 1% de la valeur qu'il a maintenant.

Pour être juste, ces blocs servent également aux philatélistes à étudier les caractéristiques des premiers tirages. Par exemple, ce bloc, par sa taille, aurait grandement facilité la tâche de déterminer le planchage (plating) du panneau de cinquante duquel il est issu. Je mets le verbe au conditionnel puisque la reconstruction de la planche du n° 1 avait été complétée quelques années avant la découverte de ce bloc.

« Without doubt the most important philatelic item of Norway » selon le vendeur. Le plus important peut-être pas puisqu'il ne nous a à priori rien appris mais le plus cher, voilà qui est fort probable !

Mise à jour du 15 avril 2008

Un peu moins spectaculaire mais néanmoins intéressante, une lettre affranchie de six exemplaires de ce même n° 1 :

Norvège n° 1, sur enveloppe

Mis en vente par Kjell Germeten, vente aux enchères n° 74 du 18.04.2008, lot n° 1110.

Prix de départ : 100 000 kr
Prix de vente : Invendu

Sur cette enveloppe à destination de Königsberg (ville célèbre en mathématique grâce aux sept ponts qui ont servi d'exemple pour un article d'Euler sur la théorie des graphes), alors en Allemagne, on retrouve une bande de quatre et une paire du premier timbre de Norvège pour un tarif de 24 skillings. La présence de ces six timbres justifie le prix de départ.

Il est intéressant de noter que ces timbres ne sont pas tous de la même teinte; ils proviennent donc vraisemblablement de feuilles différentes, si ce n'est d'impressions différentes.

samedi 22 mars 2008

Un entier postal finlandais de 1845

On parlait hier du premier timbre de Finlande et d'une possible confusion avec un entier postal du même pays. Hasard du calendrier, un entier postal finlandais extrêmement rare sera offert au plus offrant dans deux semaines.

Les deux premiers entiers postaux émis par la Finlande datent de 1845. Ils seront remplacés en 1850 par des entiers postaux dont l'illustration est quasi-identique à celle des premiers timbres-poste.

Les deux premiers, d'une valeur d'affranchissement de dix et vingt kopecks représentent les armoiries de Finlande dans le coin inférieur gauche de l'enveloppe. Le tarif de 10 kopecks est le tarif intérieur unique pour toute la Russie depuis 1843. Le même tarif est introduit en Finlande le premier janvier 1845, date à laquelle apparaissent les entiers postaux. Celui de dix kopecks fut imprimé à près de 60 000 exemplaires (un par un, par l'application manuelle d'un tampon) mais est néanmoins aujourd'hui relativement peu commun.

Que dire alors de la valeur de vingt kopecks, dont seuls 645 exemplaires auraient été produits ?

Un entier postal de Finlande

Mis en vente par Postiljonen, vente aux enchères du 04 et 05.01.2008, lot n° 858.

Cote : 300 000 kr
Prix de départ : 15 000€
Prix de vente : 15 000€

ex Fabergé


On ne connaîtrait aujourd'hui qu'une dizaine d'exemplaires, dont quatre hors musées. Celui offert ici est sur papier vergé filigrane (on connaît cinq filigranes différents sur l'enveloppe de dix kopecks et un papier sans filigrane, plus commun), a été posté de Åbo (Turku) pour Helsingfors (Helsinki). L'oblitération dans le coin supérieur droit serait le nom de la ville d'origine, en lettre cyrillique selon un expert, en lettre latine selon un autre...

vendredi 21 mars 2008

Une paire du premier timbre de Finlande

Les deux premiers timbres émis par la Finlande s'apparentent à une oblitération. Le premier, 5 kopecks (il faut se souvenir que la Finlande était à l'époque sous domination russe) est bleu tandis que le deuxième, de dix kopecks, est rouge carmin.

Voici une paire du premier, sur une enveloppe déposée à la poste le 4 juin 1858 :

Finlande, 5k, paire sur enveloppe
Mis en vente par Engers Frimerker, vente aux enchères n° 97 du 29.03.2008, lot n° 1530.

Prix indicatif : 70 000kr
Prix de vente : Invendu

ex Burrus

Sans être une exceptionnelle rareté, un tel pli est très peu commun. Un peu moins de 140 000 exemplaires de ce timbre ont été imprimés et utilisés durant environ quatre ans. On en distingue deux types, selon la taille de la perle qui se trouve dans l'ouverture des cors situés sous les armoiries.

La paire ci-haut est du type II, les perles étant relativement grosses, bien que difficiles à voir sur ce scan.

L'oblitération manuscrite est très courante sur les premiers timbres Finlandais. En complément, on a un cachet à date de la ville d'Helsinki (Helsingfors est la graphie suédoise). Les collectionneurs recherchent en priorité des timbres avec oblitération postale et sans oblitération manuscrite et en dernier lieu des timbres qui n'ont que l'oblitération manuscrite.

Un autre fait intéressant est que la Finlande, avant d'émettre ces timbres, avait créée des entiers postaux. De 1856 à 1858, on pouvait donc acheter un enveloppe au dos de laquelle, sur le rabat, était imprimé ce timbre. De petits malins ont alors découpé le timbre imprimé sur l'entier postal pour le coller sur une autre enveloppe et l'utiliser comme affranchissement ! Ces pièces sont aujourd'hui très recherchées. Cependant, un entier postal découpé est lui sans grande valeur... sauf si un vendeur peu scrupuleux ou mal informé tente de le vendre comme un authentique n° 1. Pour distinguer les deux, il suffit de comparer les vergeures du papier : horizontales ou verticales dans le cas du timbre, diagonales dans le cas de la vignette découpée de l'entier postal...

Autre fait intéressant : ces timbres (tout comme les entiers postaux) étaient imprimés un par un, en général une vingtaine par feuille, sur deux rangées. Ils étaient ensuite livrés par paquets de 100 aux bureaux de poste.

Mise à jour du 14 mai 2008

Voici un autre exemple d'une paire sur lettre :

Finlande, 5k, paire sur enveloppe
Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 102 du 14.05.2008, lot n° 1023.

Valeur estimée : 7500 à 10 000$
  Prix de vente : 14 000$

ex Nygren
collection William Gross

On observe de nombreuses caractéristiques communes entre ces deux lots : l'oblitération manuscrite, le cachet à date d'Helsinki daté de 1858, la position des timbres dans le coin inférieur gauche de l'enveloppe et surtout l'élégance de ces plis qui ont été postés il y a 150 ans...

Mise à jour du 18 mars 2009

Une autre paire tout à fait exceptionnelle :

Mis en vente par Postiljonen, vente aux enchères du 04.04.2009, lot n° 120.

Mise à prix : 25 000€
Prix de vente : 22 000€

Elle est neuve, avec sa gomme originale !

jeudi 20 mars 2008

Russie, 10 kopecks, 1875

Le timbre du jour fut émis par la Russie en 1875.  Le motif décoratif  est imprimé en brun tandis que le motif principal au centre du timbre, représentant  les armoiries de l'empire russe, est bleu. Ces deux couleurs étant appliquées successivement, il est donc normal de retrouver toutes sortes d'anomalies causées par ce double passage sous la presse à imprimer.

La plus spectaculaire de ces anomalies est bien sûr celle où la feuille est inversée entre les deux impressions, ce qui donne les fameux « centre inversé » :

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères du 26.03.2008, lot n° 3038.

Cote : 50 000€
Prix de vente : 55 000$

Ce timbre, qui possède quelques dents pliées d'après le descriptif de vente, est l'un des cinq exemplaires connus, ce qui explique sa valeur élevée . D'autres timbres de la même série possèdent un centre inversé, comme le 20 kopecks bleu et orange (trois exemplaires connus) et le 7 kopecks gris et rose, dont un unique exemplaire est connu.

À titre de comparaison, voici deux des quatre autres exemplaires du timbre de dix kopecks avec centre inversé :

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de mars 2007.

Prix de vente : 66 125$

ex Fabergé

10k, centre inversé
Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de décembre 2004.

Cote : 50 000€
Prix de vente : 74 250$

ex Fabergé

mercredi 19 mars 2008

Le timbre le plus rare du Canada

Avant d'entrer dans le vif du sujet, une petite parenthèse s'impose. Le timbre que je vais présenter est-il vraiment le plus rare des timbres canadiens ? Tout dépend de la définition de timbre... On écarte d'emblée les erreurs diverses et variées, certaines n'étant connues qu'en quelques dizaines d'exemplaires, tout comme les innombrables variantes résultant des aléas de la production.

Cependant, en 1868, certains tirages de l'émission dite « Large Queen » sont imprimés sur papier vergé plutôt que vélin. Parmi les timbres qui existent aujourd'hui sur ce papier, le 2¢ vert, dont deux seuls exemplaires sont connus, ce qui en fait un incontestable candidat au timbre le plus rare...

Cependant je classe ce timbre comme une variété (certaines différences de papier ont droit à un numéro de catalogue distinct, d'autres non) donc je peux garder mon titre accrocheur et vous faire découvrir le timbre le plus rare du Canada :

Canada 12 pence noir
Mis en vente par David Feldman SA, vente aux enchères du 03.01.2008, lot n° 60004.

Cote : 130 000£
Valeur estimée : 60 000 à 80 000€
Prix de vente : 130 000€

Imprimé à 51 000 exemplaires en 1851, sur papier vergé, ce timbre de 12 pence représente la reine Victoria, d'après un célèbre portrait de Chalon. D'autres colonies britanniques reprendront cette représentation de la reine Victoria, probablement la plus belle qui ait ornée un timbre-poste.

Pourquoi 12 pence et non pas un shilling ? Parce qu'à l'époque, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd'hui, la valeur d'un shilling variait selon l'endroit en Amérique du Nord.

Tous comme les deux autres timbres du Canada constituant la première émission de ce pays, la faible qualité du papier et les problèmes d'adhésion du timbre aux plis condamneront ce timbre à être rapidement remplacé. Cependant, la valeur de 12 pence ayant été jugée trop élevée, ce timbre ne sera pas réémis sur papier vélin. 1450 exemplaires seulement sont écoulés et les autres sont détruits. On estime aujourd'hui qu'il existerait entre cent et cent cinquante exemplaires, dont l'exemple ci-haut, qui a la particularité d'avoir toute sa gomme originale intacte, sans charnière !

Un autre exemplaire a été récemment vendu, neuf lui aussi mais avec gomme originale partielle. Le prix atteint réflète la faiblesse actuelle du dollar américain par rapport aux autres monnaies.

Canada 12 pence noir

Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères du 08.01.2008 au 10.01.2008, lot n° 1863.

Cote : 130 000£
Valeur estimée : 150 000$
Prix de vente : 190 000$

Mise à jour du 10 janvier 2009

Un exemplaire oblitéré aux marges un peu serrées :

Canada 12 pence noir

Mis en vente par Vance Auctions Ltd, vente sur offres n° 265 se terminant le 22.01.2009, lot n° 5793.

Cote : 85 000$
Prix de vente : Inconnu

On lui reprochera un petit défaut, une fine déchirure (réparée) dans le haut du timbre.

Mise à jour du 5 mai 2009

Un superbe exemplaire oblitéré :

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 113 du 08.05.2009, lot n° 440.

Cote : 75 000$
Cote : 225 000$
Prix de vente : 120 000$

ex Lees-Jones, Amundsen
collection Richard Collier

On notera que le catalogue canadien Unitrade cote ce timbre à 225 000$ (canadiens), soit le double du catalogue américain Scott, à 75 000$ (américains).

Mise à jour du 15 mai 2009

Voici un exemplaire « aux marges exceptionnelles, peut-être le plus bel exemplaire connu » :

Mis en vente par Numphil, vente aux enchères du 23.05.2009, lot n° 26.

Valeur estimée : 70 000 à 80 000€

Le plus bel exemplaire je ne sais pas mais une chose est certaine, c'est qu'il paraît bien. On lui reprochera cependant son absence de gomme.

lundi 17 mars 2008

Fraternité, égalité, liberté

Nous en sommes en 1989 et c'est le bicentenaire de la Révolution Française, dont je n'ai pas besoin de rappeler les grandes lignes puisque je suppose qu'un lecteur francophone les connaît. La France émettra pour l'occasion plusieurs timbres, dont le tryptique suivant, accompagné d'une vignette n'ayant pas valeur d'afranchissement :

Liberté, égalité, fraternité
Mis en vente par Serge60 sur Delcampe, lot n° 34164308.

Prix de départ : 1,00€

Qu'ont-t-ils de particulier ces timbres ? En eux-mêmes rien mais ce qui est intéressant c'est la reprise, sur un timbre américain, des trois allégories représentants la liberté, l'égalité et la fraternité :

Liberté, égalité, fraternité
Mis en vente par tedbeza sur eBay, lot n° 270219294593.

Prix de départ : 1,80$
Prix de vente : 1,80$

On leur avait envoyé La Fayette, ils nous devaient bien ce timbre ! Cependant, ça aurait été sympa que les couleurs du drapeau français qui ornent ce timbre soient dans le bon ordre...

Ces trois couleurs, bleu blanc rouge, comment est-ce possible de les inverser ? J'imagine que si l'on vie dans une nation puissante qui domine la sphère économique mondiale (attention, le verbe dominer sera peut-être bientôt à conjuguer au passé...) on ne connaît pas forcément parfaitement bien les drapeaux des autres pays. Moi-même, si je devais mettre dans l'ordre les couleurs du drapeau du Tchad et même de la Belgique toute proche, j'hésiterais...

samedi 15 mars 2008

Pour le bien des aveugles

La France a émis, en 1989, un timbre « pour le bien des aveugles ». Le design est minimaliste puisque seule une feuille couverte de caractères en braille y est représenté. Au bas du timbre, un bandeau contient une inscription en braille, donc en relief.

Évidemment, lors de la production de tels timbres, il finit toujours par y avoir un pépin :

Il est où le texte en braille ?
Mis en vente par Philatel, vente sur offres n° 234 se terminant le 18.03.2008, lot n° 3321.

Cote : 3500€
Prix de départ : 1200€
Prix de vente : Invendu

Sur cet exemplaire, l'inscription en braille est tout simplement absente... une erreur assez cocasse.

L'inscription, lorsqu'elle est présente, est « V. Hauy ». Valentin Haüy est un philantrope du dix-huitième siècle qui fut l'un des premiers à s'intéresser au sort des aveugles. Il fonda une école à Paris avec pour objectif d'instruire les aveugles et surtout de leur apprendre un métier.

Rejeté par ses pairs à la fin de la Révolution Française, il partira pour Saint-Pétersbourg où il fondera une école semblable, qu'il dirigera pendant plus d'une décennie.

La France lui a consacré un timbre en 1959, émis au profit de la Croix-Rouge. Ce timbre est accompagné d'un autre où figure l'Abbé de l'Épée, qui a joué un rôle similaire mais au profit des sourds-muets.

Mise à jour du 12 novembre 2008

Au salon philatélique d'automne, on a pu voir un bloc de dix de cette erreur :

Il est où le texte en braille ?
Mis en vente par Behr Philatélie, vente à prix net n° 86, lot n° 2063.

Prix net : Sur demande
Prix affiché : 20 000€

Le prix affiché est celui qui était griffonné à l'encre dans la marge de la photocopie sur le Stand de Behr Philatélie au salon.