jeudi 20 mai 2010

Le timbre plus cher du monde exposé à Londres

Si plus d'un timbre se disputent le titre du timbre le plus rare (ce sont tous les timbres ou plus précisément toutes les variétés de timbre connus à un seul exemplaire), la palme du plus cher revient sans conteste à ce timbre de Suède :

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjBu8wkCx4SZGZw_H6mSsergWBLb6rmmc6T1MD1UhIkN9lBCi8EfqGBpK4-YI2OXgksHOs_nvALxMBMDyYRA1Scnpnb_NkaibHgF_Ug1qQiN2d2r1gNm2NgJOGpjYEDaxyAczrUBvmAfTMA/s400/18-05-2010-1.jpg

Mis en vente par David Feldman SA, vente aux enchères privée du 22.05.2010, seul et unique lot.

Valeur estimée : 1 500 000 à 2 000 000€

Prix de vente : Inconnu

ex Ferrary, Carol II de Roumanie, Berlingen

Récemment exposé à Londres dans le cadre de l'exposition internationale décennale de Londres qui s'est terminée le 15 juin, ce timbre sera offert dans une vente aux enchères privée à Genève, le 22 mai 2010. Seuls les acheteurs potentiels seront admis et devront s'engager à

  1. Ne pas divulguer le nom des personnes présentes;
  2. Ne pas divulguer le nom de l'acheteur;
  3. Ne pas divulguer le prix de vente.

L'acheteur du timbre, qui sera vendu sans prix de réserve, pourra faire connaître les détails de la transaction s'il le souhaite. Tout ce qu'on sait, c'est que cet acheteur devra acquitter des frais de transaction de 19,5%, ainsi que la taxe de vente de 7,6% s'il est Suisse.

La valeur estimée est raisonnable au regard du prix atteint par ce timbre en 1996, 2 875 000 francs suisses (sans qu'il soit précisé si ce montant inclus ou non les frais de vente). D'ailleurs c'est la quatrième fois que David Feldman SA met ce timbre aux enchères (977 500 F en 1984, près du double en 1990 et le triple en 1996).

À Londres, le timbre était exposé... sous un escalier ! Bien seul dans un écrin, loin de la foule, un garde de sécurité assis à moins d'un mètre, et surtout quatre panneaux d'explications que je me suis empressé de lire et qu'on retrouve dans le catalogue de vente, disponible en téléchargement sur le site du vendeur. C'est d'ailleurs de ce catalogue que je tire la majorité des informations de ce billet.

Mais au fait, pourquoi ce timbre est-il rare ? Il s'agit d'une erreur de couleur; le timbre de 3 skilling banco est normalement vert alors que la couleur jaune orange était réservée au timbre de 8 skilling banco. C'est le seul exemplaire qui ait été découvert.

Pourquoi ce timbre est-il si cher ? Son authenticité ne fait aujourd'hui aucun doute et surtout ce timbre est une véritable star à l'histoire mouvementée, ce qui n'est pas le cas de tous les timbres uniques.

Commençons donc pas le commencement. La Suède émet ses premiers timbres en 1855, une série de cinq timbres représentant les armoiries royales. Chacun de ces timbres fera l'objet de plusieurs tirages qui sont aujourd'hui très bien documentés (j'ai d'ailleurs pu voir à Londres une magnifique collection spécialisée du 4 skilling banco et discuter avec le collectionneur qui me l'a présentée plus en détails). Le timbre qui nous intéresse a été oblitéré le 13 juillet 1857, à Nya Kopparberget, une petite ville du centre de la Suède fondée au XVIIème siècle près d'un riche gisement de cuivre. Sur le site de la ville, on apprends même que le 13 juillet est aujourd'hui le « jour du treskilling » au cours duquel il y a diverses animations dont un lever de drapeau à l'effigie du fameux timbre ci-haut !

En 1885, un adolescent du nom de Georg Wilhelm Backman décolle de la correspondance familiale conservée par sa grand-mère plusieurs timbres, dont l'exemplaire ci-haut, qui aurait été utilisé par Olof Leopold Sillén, un botaniste suédois, dans une lettre à destination de Per Wilhelm Sillén, grand-père de notre jeune adolescent. Le timbre en poche, l'adolescent le présente au marchand Heinrich Lichtenstein, qui promettait une somme allant jusqu'à 7 couronnes pour des exemplaires du 3 ou du 24 skilling banco, ces deux timbres étant été émis à moins de 200 000 exemplaires. Quelle ne fut pas la surprise du marchand de voir cet exemplaire jaune orange plutôt que vert ! Le jeune homme eu ses 7 couronnes... et le marchand 4000 gulden neuf ans plus tard, une somme colossale.

En 1917, le baron Philippe de la Renotière von Ferrary, l'acheteur du timbre en 1894, décède et lègue sa collection à l'état allemand. Cependant, les Allemands perdent la guerre et les Français, fort du traité de Versailles, liquident à leur profit l'extraordinaire collection du baron. Après avoir changé de main plusieurs fois, le timbre rejoint en 1937 la collection du roi Charles II de Roumanie. Durant la deuxième guerre mondiale, il est exilé et trouve refuge au Portugal, où sa collection de timbres lui permettra d'être à l'abri de la gêne.

Durant le deuxième moitié du vingtième siècle, le timbre est largement médiatisé. L'appellation Treskilling Yellow est aujourd'hui une marque déposée ! Toute cette agitation autour d'un timbre unique a bien évidemment soulevé des soupçons sur l'authenticité de la chose. Déclaré faux par un groupe d'expert en 1974-75, une étude poussée conclut à son authenticité en 1975. Les preuves irréfutables sont :

  1. Les archives postales, qui nous apprennent que Nya Kopparberget fait partie des villes qui ont reçu un tirage particulier du 8 skilling banco à l'été 1857.
  2. L'examen détaillé du timbre et des ses caractéristiques (couleur, impression, papier) qui correspondent exactement à celles du tirage susmentionné.
  3. Une diffractométrie à rayons X, qui prouve que l'encre est bien celle du timbre de 8 skilling.

Il s'agit donc bel et bien d'une erreur authentique; un cliché du 3 skilling a été introduit par erreur dans la planche du 8 skilling, quelques feuilles ont été imprimées puis distribuées aux bureaux de poste avant que l'erreur en soit rectifiée.

À 0,02675 grammes, ce bout de papier vaut aujourd'hui au moins 50 milliards d'euro le kilo ! Il peut être à vous samedi... pas mal pour impressionner les copains !

samedi 1 mai 2010

MonTimbraMoi, où l'art de transformer une bonne idée en galère

MonTimbraMoi, c'est la possibilité offerte par La Poste de créer des timbres personnalisés, à priori une excellente idée. Le philatéliste qui croyait encore pouvoir s'offrir un exemplaire de chaque timbre émis (223 timbres différents pour la France en 2009 ?) doit donc accepter l'évidence, ce n'est plus possible, ni même intéressant. On pourra toujours ergoter et soutenir qu'il ne faut collectionner qu'un seul exemplaire de chaque type de timbre personnalisé (le type étant plus ou moins défini par la couleur du cadre et les autres caractéristiques d'impression) mais quel collectionneur peut être vraiment convaincu que l'illustration d'un timbre n'a plus d'importance ?

Bref, laissons de côté les philatélistes et passons plutôt du côté de l'utilisateur de ce service, c'est à dire un citoyen lambda qui est très heureux de pouvoir créer son propre timbre. Pour créer un timbre avec une photo de son dernier-né pour envoyer à toute la famille, MonTimbraMoi, c'est parfait. Cependant, votre chroniqueur souhaitait faire un peu mieux et créer une véritable mise en page mettant en valeur le sujet qu'il avait choisi pour illustrer son timbre personnalisé. Et c'est là que les ennuis commencent...

N'arrivant pas à créer la mise en page que je souhaitais, j'ai consulté la FAQ du site et j'y ai appris que 

Votre image doit impérativement être au format JPG et d'un poids maximum de 4 Méga-octet. Votre photo doit avoir une résolution d’au moins 400 dpi afin de garantir une bonne qualité d’impression des timbres. En dessous, nous ne saurons garantir la netteté de l’impression. Les dimensions minimales de la photo doivent être de 368 x 528 pixels pour les timbres au format paysage, et de 528 x 368 pixels pour les timbres au format portrait. De plus nous ne pouvons traiter que des photos au format colorimétrique RVB, car les navigateurs internet ne savent pas gérer le format CMJN.

Attention : L'outil de recadrage rogne un bord tournant de 20 pixels. Si vous voulez que l'intégralité de votre sujet soit imprimé, vous devez ajouter un contour à votre image. Ses dimensions countour compris seront donc de 408 x 568 ou 568x408 pixels minimum.

Bon, suivons les instructions alors :

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgP1JTaf-A9VImaLsTndwTH7ExVXFuCJL6va8PkWXxVmXWC_cbHUn843G5ptbL6fcFC5GxbTO3LzeeV8NjmY3HN9uavMUgmy7y0g-cimMnGk2r6Gvlqtzxm8hihB4tSO8uTk8Im8iGeF9H8/s800/12-04-2010-1.png

Cette photo fait 408x568, avec un cadre de 20 pixels (et d'ailleurs c'est un PNG et non un JPG, ça marche malgré ce que dit la FAQ). Après avoir téléchargé cette image, je passe à l'étape « mise en page » et là j'obtiens

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEiZ4nxPfRkR7G8uzYDrlLHlUbjHOkiLF78FMEjfIeTDCswd4PxcUP78Hwefnr1nVTR-3lNwtzs7H5acHp0RxVv3orR4SYfMZcko3M-ZUgDWk2EuOE8zBRVIO6pzmC3XWa3C8GMHa8AGg2uC/s800/12-04-2010-2.png

L'image n'est même pas centrée... Il y a bien des outils permettant de déplacer l'image ou de modifier sa taille mais toute modification fine est inutile car lorsque vous serez satisfait, vous cliquerez sur « Valider et prévisualiser ma composition » et malheureusement...

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg22eDV3WtCk_fYL1WZxXqCzNLluPlvnaQd96R0vuArsqJibuxMIXL0rHbqgcC9p-7Y0RC7hZuJhA3ymmV8kbyre0qiH1JfDBDobUs4h35XJAQQC7LKefODiTjet5DUpoIUSdyZtfC3yeoU/s800/12-04-2010-3.png

... l'image n'est pas centrée correctement encore une fois, mais de façon différente ! C'est vraiment ridicule, n'importe quel développeur devrait être capable d'afficher une image à la bonne position ! La question qui se pose à l'utilisateur est donc de savoir comment son timbre sera imprimé, centré selon l'outil de mise en page ou centré selon la page de prévisualisation ? Vous remarquerez en passant que cette prévisualisation n'affiche pas le timbre tel qu'il sera imprimé puisqu'en effet il manque les informations ajoutées telles que « Lettre prioritaire 20g ». En effet, ce n'est qu'en commandant le timbre qu'on peut visualiser à quoi il ressemblera vraiment.

Commandons alors. Ah tiens, sur la page suivante on peut « enregistrer notre composition en haute résolution sur notre ordinateur ». Hop, c'est fait :

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEiPPmGzUrXHEQFh50OV-Po8Y8kSUWlE9CKxeYiA8FOYi9pT83MRb6Nb41xE2rfElJc0jX8pJRPFrn7s7UT2gfd1ewNcaHFbcMkr-tXHl5LNOM_xDN9Tb2pym2sM754ZlbYfo_zm4zbiXv4o/s800/12-04-2010-4.jpg

Catastrophe, le centrage est encore différent !!! Cette photo « haute résolution » est de taille 368x528, quelle que soit la résolution de votre image d'origine. De là on peut supposer qu'il est impossible de créer un timbre personnalisé avec une résolution supérieure, ce qui est quand même dommage pour les amateurs de détails. Les compositions finales étant conservées durant une durée limitée, le fait de pouvoir les télécharger est un plus (d'ailleurs, quelqu'un peut dire à La Poste qu'un disque dur de 1 To coûte aujourd'hui moins de 100€ et qu'on peut y sauvegarder... 1,5 millions de telles images ?).

Finalement, l'outil informatique mis à disposition du public étant inutilisable pour créer des compositions précises, j'ai abandonné mon idée initiale mais j'ai quand même créé mon timbre, en simplifiant ma mise en page pour qu'aucun élément ne dépende de sa position par rapport au bord de l'image :

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEj8wyDmGHgLCKHQTliS0Ztq7HCrooUavcaSaKzRp4UOFLWBn4FnQRKRcFh8mRLx0HbL-a1MFIQJwdK6HI7HchpIJnf8L7WkNLugY6e3EhukabqYfqef_E7QUoovShN1Xob06JfEFWZJY3UF/s800/12-04-2010-5.jpg

Il s'agit du détail d'une oeuvre d'une artiste qui m'est chère, et dont j'ai ajouté le nom en petits caractères au sein même de l'oeuvre.

Lorsque j'ai reçu ma commande (30 timbres France et 10 timbres Monde), j'ai été agréablement surpris par le coup d'oeil général et le packaging. Cependant, la technique d'impression m'a surpris; on voit un tramage désagréable (et dont une couleur, le bleu, déborde dans le haut du timbre) qui masque une partie des détails et qui rend l'image globalement floue.

En résumé, une idée intéressante mais dont la réalisation comporte de nombreux défauts qui rendent cette idée inutilisable pour des créations de haute qualité.

S'il y a des philatélistes qui lisent encore, parmi les 30+10 timbres, 23+10 ont été utilisés pour affranchir 19+12 enveloppes identiques, toutes postées le même jour du même bureau de poste. D'ailleurs, j'ai eu le privilège de pouvoir oblitérer moi-même les exemplaires avec le cachet à date du bureau de poste ! Si l'artiste devient célèbre peut-être ces lettres seront-elles très recherchées dans quelques dizaines d'année...

mardi 30 mars 2010

Une pause et une caricature

Les lecteurs de ce blog auront constaté que ce blog est plutôt inactif depuis près d'un an maintenant. Pour des raisons personnelles, j'ai mis la philatélie de côté mais pas d'inquiétude, ma passion demeure intacte ! Je reviendrai sur la toile un peu plus tard mais en attendant je ne peux résister à l'envie de vous faire partager cette admirable caricature de « Flock », qui ridiculise chaque semaine l'actualité informatique sur le site Clubic

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhJag08ZqH1XZczC4xynffImLa9gCyn8TbBiPLHzlS1uX9UNs_YyOn6Xnh3b1Ah1TvyzB0a_nRSOE5QR3QY6vb-RdcTEFV6PoBrBUkx9tdmoE07lvK7W7seuS6-LTrPGVVuBZQcxcVsgbvb/s800/30-03-2010-1.jpg

jeudi 28 mai 2009

Lorsque l'Amérique défendait Cuba

Difficile d'imaginer les Américains portant secours aux Cubains oppressés alors que depuis 1959 leur plus fidèle ennemi, Fidel Castro, dirige d'une main de fer (à la santé déclinante aujourd'hui) cette grande île située non loin de la Floride dans le golfe du Mexique.

Pourtant, à la fin du dix-neuvième siècle, Cuba était sous domination espagnole. À la suite de diverses tentatives infructueuses de révolution, les Espagnols mènent une répression qui devient de plus en plus rigoureuse. Des exilés cubains en territoire américains alertent l'opinion publique et les Américains manifestent de plus en plus d'intérêt pour leur voisin. En 1898, une révolte éclate à La Havane et les Américains envoient une frégate sur place, histoire de bien faire sentir leur présence aux dirigeants Espagnols. Trois semaines plus tard, cette frégate explose dans le port, faisant plus de 250 victimes.

La tension monte entre les Espagnols et les Américains et ces derniers votent une résolution soutenant l'indépendance de Cuba et demandant aux Espagnols de se retirer. L'Espagne déclare la guerre le 25 avril 1898. Mal lui en prendra car la guerre hispano-américaine comme on la nomme aujourd'hui en français restera pour les Espagnols « el desastre del 98 ». Ils y perdront plusieurs de leurs colonies, ce qui sonne le glas des restes de l'impérialisme espagnol. À l'opposé, les États-Unis font une entrée fracassante sur la scène internationale.

Cuba deviendra indépendant  en 1902.

La philatélie nous rappelle ces événements et nous illustre une autre conséquence de la guerre :

 
Mis en vente par Heritage Auction Galleries, vente aux enchères du 03.06.2009, lot n° 37067.

Valeur estimée : 600 à 800$

ex Bosley, Dattolico 

Postée de Washington D.C. pour La Havane, cette lettre arrive à New York le 23 avril 1898, juste avant la déclaration de guerre. Elle n'accomplira jamais la deuxième moitié du parcours puisque comme l'indique l'étiquette « les envois vers l'Espagne ou ses colonies sont interdits pour cause de guerre ». La lettre finira tristement au rebut, l'expéditeur n'ayant semble-t-il pas laissé d'adresse...

Tout n'est pas perdu pour autant puisqu'elle s'affiche aujourd'hui sur ce blog !

vendredi 15 mai 2009

Une vente aux enchères dans le style hexagonal

Lorsqu'on compare les catalogues de vente des maisons françaises avec à ceux des vendeurs anglo-saxons, des vendeurs des pays nordiques ou de la Suisse, on remarque immédiatement une différence de style. Là où les Américains aiment bien décrire et vanter (parfois outrageusement) les objets mis en vente, le Français se contente d'être le plus bref possible.

Dans l'esprit de chacun, peut-être la langue française doit-elle être réservée aux mots doux murmurés entre amants....

Voici un exemple de l'absence de prolixité qui me laisse perplexe :

Mis en vente par Numphil, vente aux enchères du 23.05.2009, lot n° 107.

Valeur estimée : 15 000 et 20 000€

On lit « 1853-1860, 20c bleu oblitéré étoile rouge, C. PLOMBIERES en rouge sur enveloppe pour Paris. 14 juillet 1859. Grande rareté de qualité exceptionnelle, la plus belle lettre connue, signé et certificat Calves, signé Scheller. Yvert 14A, Cérès 14 I ».

Cette description donne quelques informations importantes : le timbre utilisé, la description du cachet, la présence d'un certificat d'authenticité. Cependant, absolument rien n'indique au collectionneur peu érudit qu'est-ce qui est d'une grande rareté. Le timbre est tout ce qu'il y a de plus commun, l'étoile rouge n'est pas une grande rareté, le pli ne semble pas présenter de caractéristiques exceptionnelles (comme un texte historique). Reste le cachet à date, Plombières, 14 juillet 1859. Peut-être un lecteur plus versé que moi pourra-t-il m'éclairer ?

Il s'agirait de la plus belle lettre connue mais j'ai quand même l'impression qu'elle a été pliée. Peut-être est-ce une caractéristique que le vendeur considère qu'il n'a pas à mentionner.

Il y a d'autres différences qui distinguent les vendeurs Français. Déjà, une vente aux enchères en France ne semble pouvoir être organisée que par un commissaire-priseur, un titulaire d'une charge qui, comme la charge d'un notaire, doit être achetée. Le métier de commissaire-priseur est très encadré et les intéressés se plaignent justement de ce cadre légal qui entrave leur compétitivité internationale. Cependant, et je cite wikipédia, « dans la plupart des autres pays, ce cadre est en effet beaucoup moins contraignant voire inexistant, réduisant d'autant les garanties dont bénéficient tant les acheteurs que les vendeurs ». Est-ce vraiment le cas ?

Examinons un point des conditions de vente qui m'a étonné :

Tous les biens sont vendus tels quels dans l’état où ils se trouvent au moment de la vente avec leurs imperfections ou défauts. Aucune réclamation ne sera possible relativement aux restaurations d’usage et petits accidents. Il est de la responsabilité des futurs enchérisseurs d’examiner chaque bien avant la vente et de compter sur leur propre jugement aux fins de vérifier si chaque bien correspond à la description.

Les indications données par Numphil sur l’existence d’une restauration, d’un accident ou d’un incident affectant le lot, sont exprimées pour faciliter son inspection par l’acquéreur potentiel et restent soumises à son appréciation personnelle ou à celle de son expert. L’absence d’indication d’une restauration d’un accident ou d’un incident dans le catalogue, les rapports, les étiquettes ou verbalement, n’implique nullement qu’un bien soit exempt de tout défaut présent, passé ou réparé. Inversement la mention de quelque défaut n’implique pas l’absence de tous autres défauts.


Incroyable ! On ne garantit même pas à l'acheteur que les lots sont décrits de façon exacte; c'est à lui de vérifier que la description du vendeur est précise en examinant les lots à l'avance. Ce n'est pas ce qu'on peut appeler des conditions de vente qui augmentent la garantie dont bénéficie les acheteurs !

Dans les ventes nord-américaines, les conditions ressemblent le plus souvent à celles-ci :

In our opinion, all lots are as described. If a prospective purchaser wishes to obtain another expert opinion - acceptable to us - on a lot (not including mixed lots or collections containing undescribed stamps), he must request an extension in writing before the time of the auction (on the bid sheet is acceptable). Lots sold under this condition shall be held open for up to 120 days, after which the lot will not be returnable for any reason. Items that already have such certificates are sold on the basis of those certificates (unless otherwise stated in the description). Expenses for certificates shall be borne by the purchaser. If a negative opinion is received within the 120 days, the purchase price will be refunded in full, and the expertising fee (to a maximum of $40) will be paid by us. All lots sent on extension must be paid for under our normal terms. The inability of an expert committee to render an opinion on a lot is insufficient grounds for its return.

Claims for errors in description, including condition, must be made within 7 days after receipt, but no later than 45 days after the auction. Stamps returned must be in the state received and must be sent by registered mail or bonded courier. Lots back stamped, marked or encapsulated by experts or expert committees are not returnable. It is the purchaser's responsibility not to let this happen. Stamps described as having defects are not returnable on account of their condition. No lots may be returned by bidders who have had an opportunity to examine, or an agent, view them on their behalf before the sale, nor any stamps which have been photographed for perforations, centering, margins or cancellations. All stamps photographed in colour are reproduced with extreme care as to accuracy of colour and shade, however stamps photographed in colour may not be returned because of shade differences between the lot and photograph.


Les droits et devoirs semblent partagés de façon relativement équitable entre l'acheteur et la maison de vente. Entre parenthèse, on voit quel crédit est accordé aux signatures et marques d'expert de l'autre côté de l'Atlantique : une dégradation du timbre suffisante pour refuser tout remboursement...

Revenons à Numphil et continuons de lire ses conditions de vente :

Le mode normal pour enchérir consiste à être présent dans la salle de vente. Toutefois Numphil pourra accepter gracieusement de recevoir des enchères par téléphone d’un acquéreur potentiel qui se sera manifesté avant la vente.

Numphil pourra accepter gracieusement d’exécuter des ordres d’enchérir qui lui auront été transmis avant la vente et que Numphil aura accepté.

Voilà ce qui s'appelle ne pas vouloir vendre ! Comme si tout les collectionneurs de France et du monde pouvaient sauter dans un avion pour Paris le samedi matin pour assister à la vente le soir... Celui qui misera sur le timbre le plus rare du Canada en aura certainement les moyens. En aura-t-il le temps ou le goût, c'est moins certain.

Je suis un peu méchant car nonobstant le « mode normal d'enchérir » qui consiste à être présent, il est indiqué plus loin dans le catalogue de vente qu'il est possible de miser en direct par internet. Un bon point pour le vendeur !

Ayant l'avantage d'habiter en région parisienne, je pourrai assister à la vente en personne, il me suffira de prendre le RER A jusqu'au Champs-Élysée mais s'il me prenait l'envie de vouloir miser sur un lot, je devrai aller l'examiner attentivement auparavant, ce que je pourrai faire à Paris IXème du lundi au vendredi de 10h à midi et de 14h à 18h. Bravo, encore plus fort que les horaires des banques !

D'ailleurs la mienne, « afin de mieux me servir », ferme désormais à 13h le samedi plutôt qu'à 15h.

Allez, bonne nuit et rendez-vous samedi dans une semaine sur les Champs !


Mises à jour : Le timbre le plus rare du Canada est en couverture de catalogue mais on trouve également un timbre de Naples sur journal et j'ai noté un double de Genève utilisé localement.

vendredi 8 mai 2009

Les distributeurs Schermack

Au début du vingtième siècle, différents bricoleurs tentaient de concevoir une machine distributrice de timbres-poste qui aurait comme fonction supplémentaire d'humecter le dos du timbre et éventuellement de le coller directement sur une enveloppe, ce que nos aïeuls appréciait particulièrement pour le côté hygiénique de la chose. En effet, lécher le dos des timbres manipulés par les doigts du commis, n'était-ce pas laisser la place à la prolifération des bactéries découvertes par Pasteur, Koch et les autres ?

Aux divers vendeurs de ces machines, les autorités postales ont fourni des timbres non dentelés, afin qu'il puissent être adaptés par les fabricants des distributeurs. Les collectionneurs ayant eu vent de ces timbres non dentelés, ils demandèrent à ce que la vente de ses timbres soit publique, ce qui leur fut accordé. On trouve donc les timbres de 1¢, 2¢ et 5¢ de la série de 1902 sous cette forme.

Cependant, une commande spéciale de timbres de 10 000 timbres de 4¢ était également livrée à la Detroit Mailing Machine Company, qui devint la Schermack Company, du nom de l'inventeur d'une machine à affranchir, Joseph Schermack. Ces timbres de 4¢ étaient destinés à deux clients des machines de la Schermack Company, qui créaient des dentelures très particulières :

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 113 du 08.05.2009, lot n° 124.

Cote : 50 000$
Prix de vente : 62 500$

collection Richard Collier

Il semble qu'à l'époque cette « variété » soit passée complètement inaperçue et que sur les 10 000 exemplaires livrés, un collectionneur nommé Karl Koslowski put s'en procurer une cinquantaine, dont il en aurait conservé une vingtaine et qu'ici et là une trentaine de copies oblitérées furent récupérées des envois fait par les deux utilisateurs des machines à affranchir.

Rebelote en 1916 avec un autre timbre :


Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 113 du 08.05.2009, lot n° 180.

Cote : 65 000$
Prix de vente : 35 000$

ex Ballman, Scott, collection Richard Collier

Ces dentelures, baptisée Schermack type III, se retrouvent sur à peu près tous les timbres non-dentelés émis par les autorités américaines dans le premier quart du vingtième siècle. Cependant, seules les deux timbres ci-haut n'ont pas été émis non dentelés au public, d'où leur grande rareté aujourd'hui.


Mises à jour : De très nombreux timbres exceptionnels du monde entier sont offerts dans cette même vente, comme les premiers timbres d'Hawaï, un 12d noir du Canada et même des timbres à 1$...

vendredi 1 mai 2009

Une réimpression qui vaut une petite fortune

Au dix-neuvièle siècle, il n'était pas rare que des administrations postales réimpriment des timbres afin de satisfaire le marché des collectionneurs. Ces réimpressions étaient parfois réalisées à l'aide des matrices originales mais souvent sur un papier suffisamment différent pour qu'on puisse les distinguer de l'original.

Par exemple, la première série de Suède (1855) a été réimprimée en 1868 à 2000 exemplaires et en 1885 à 1620 exemplaires. Cette dernière réimpression est aisément distinguée des originaux par la dentelure, dont la taille est différente.

Ces réimpressions sont aujourd'hui des curiosités et leur valeur marchande est souvent inférieure à celle des timbres originaux.

Les Américains ont fait de même avec leur série de 1870 à la seule différence qu'ils ont donné à ces réimpression un numéro de catalogue distinct. Le n° 204 est la réimpression du n° 185, qui est le même timbre que le n° 179, lui réimprimé en tant que n° 181. Bref, les collectionneurs désirant avoir une collection « complète » des États-Unis chercheront donc à obtenir cette réimpression :

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 112 du 29.04.2009, lot n° 1113.

Cote : 350 000$
Prix de vente : 500 000$

ex Hetherington, Anderson, Floyd
collection James M. Minervo

L'exemplaire offert ici tout simplement superbe et, comme il y a aujourd'hui dix-huit exemplaires connus de ce timbre cette réimpression, on imagine mal qu'il soit surpassé.

Il y a cependant moins d'un an qu'était vendu un autre très bel exemplaire (décrit en 1991 comme le plus bel exemplaire connu) :

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries, vente aux enchères n° 963 du 28.10.2008, lot n° 828.

Cote : 350 000$
Prix de vente : 375 000$

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries, vente aux enchères n° 737 du 20.04.1991, lot n° 555.

Cote : 30 000$
Prix de vente : 37 500$

ex Caspary, collection Ambassador, Cole, Greenblatt, Weisman, Ballman, Hansen

Ce timbre est accompagné de pas mois de cinq certificats d'authenticité !

La maison Siegel n'étant jamais à court de raretés, elle vendait il y a deux ans « one of the finest of the 18 recorded copies » :

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries, vente aux enchères n° 937 du 16.06.2007, lot n° 177.

Cote : 100 000$
Prix de vente : 300 000$

ex Lyons

Il faut cependant remonter dix ans pour trouver un autre exemplaire, lui aussi « one of the finest of the 18 recorded copies » (à se demander s'il sont toutes parmi les plus belles...) :

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries, vente aux enchères n° 804 du 08.10.1998, lot n° 401.

Cote : 35 000$
Prix de vente : 45 000$

ex Green, Engel, Klein, Zoellner

Allez, un petit dernier pour finir ! Celui-ci est « magnificent » :

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries, vente aux enchères n° 759 du 19.05.1994, lot n° 205.

Cote : 30 000$
Prix de vente : 32 000$

ex West, collection Concord

La maison Siegel a réalisé un inventaire des dix-huit exemplaires connus, ce qui permet de comparer et de se faire une idée des « plus beaux exemplaires » et je dois avouer, malgré la petite pointe d'ironie que j'ai laissé transparaître, que les exemplaires présentés ici sont effectivement plutôt bien.

Malgré tout, je n'en pense pas moins qu'il s'agit d'une simple réimpression, une variété anecdotique, qui aurait pu porter le n° 155r par exemple. Et là la cote aurait peut-être été de 3500$ plutôt que 350 000$...